Faut-il écouter de la Musique ?

mardi 25 septembre 2012
par  Laurence Chapon
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Écouter de la musique est-ce un bienfait ou est-ce un méfait ?

 La musique adoucit les meurs ?

La maxime bien connue viendrait de Platon qui dans la République indique qu’il faut bannir la musique de la formation des gardiens car la douceur et la volupté des harmoniques diminuerait la force virile et le courage des guerriers.

C’est sur cette observation que sont basées certaines pratiques qui utilisent la musique comme moyen adoucissant comme par exemple la musicothérapie ou l’accompagnement à l’accouchement par la musique.

La musicothérapie n’est pas un médecine parallèle mais un accompagnement au cours d’une thérapie. Dans ce cas, la musique favorise le développement sensoriel, régénère les émotions et joue un rôle dans la socialisation du malade. [1]

Le chant prénatal proposé aux futures mamans par la maternité du Bevédère à Mont Saint Aignan.
Préparation corporelle et vocale, cet accompagnement permet d’accéder davantage à ses propres ressources. La diversité des sons chantés permet d’aider l’enfant à faire progressivement la transition entre le monde intérieur et le monde extérieur. Ces ateliers sont aussi un lieu de rencontre entre les futures et les jeunes mamans avec leur bébé. Tous les parents sont les bienvenus avec ou sans connaissance musicale.
Animé par une sage-femme, et une pianiste

Mais à l’époque de Platon, n’existait-il que des musiques voluptueuses ?

D’après Jacques Le Bobec et Philippe Teillet [2] certaines musiques peuvent influencer nos comportements bien différemment. C’est le cas des comportements que l’on peut observer lors de concerts de rock, de rap, d’une soirée techno ou la foule tend à des comportements d’aspect régressif et primitif. Ainsi, François Michel pouvait-il écrire en 1986 : « D’énormes foules assistent en transe aux « concerts » donnés par les grandes vedettes, d’où des scènes d’hystérie, des hurlements, des mouvements de foule qui évoquent ceux des assistances fanatiques des matchs de football ». ces comportements sont attribuée selon ces auteurs à la foie au rythme de la musique mais aussi à un effet de foule impliquant des notions de reconnaissance du groupe et d’influences. Mais il faut tenir compte que le public qui vient à ce type de concert, n’y vient pas par hasard, ce qui peut expliquer le comportement plus ou moins débridé des spectateurs. Le Bec et Teiller vont plus loin dans leur interprétation en écrivant : "d’une façon quasi anthropologique, au regard de l’âge moyen des
spectateurs aux comportements les plus extrêmes, on peut concevoir leurs attitudes
comme des sortes de rites de passage de l’adolescence vers l’âge adulte. Une autre
hypothèse, non exclusive des précédentes, peut également être avancée : il y aurait une
corrélation significative entre le caractère très contraignant de certaines conditions de
travail productivistes et concurrentielles (usine, études, formes diverses de domination,
ostracisme…) et le souhait de se libérer ponctuellement de ses chaînes et de trouver un
exutoire à la pression. Enfin, il est possible de contextualiser ces comportements à partir
des enjeux identitaires auxquels ils peuvent servir. Les ruptures avec certaines
conventions sociales (comportement, habillement) dont le punk a constitué l’une des
expressions les plus achevées (crachats sur les artistes et des artistes sur les publics,
usage de colliers de chiens et d’autres accessoires de l’asservissement,
« chorégraphies » volontairement dégradantes, etc.) s’inscrivent à la fois dans le rejet
d’une identité sociale assignée et dans la possibilité de se constituer une identité
nouvelle à partir d’un registre symbolique négatif."

Certaines études montrent une relation directe entre les rythmes de ces musiques et des modifications physiologiques. Une « musique très rythmée tend à synchroniser notre motricité (marche au pas aux cadences de la musique militaire, danse rythmée aux sons de musiques plus douces) (…) L’apport de stimulation rythmées et fortes ne peut que « synchroniser » ce type d’activité » nous dit Milan Kundera. De son côté, George Steiner écrivait : « La pop impose à l’oreille une tension considérable. On a déjà chiffré certains aspects du durcissement et des lésions qui peuvent en résulter. Mais on ignore à peu près tout des réactions psychologiques à la saturation, qu’elle provienne de l’intensité ou de la répétition (...). Quelles ramifications nerveuses sont ainsi engourdies ou mises à vif ? »

 Attention aux décibels : caques et perte auditive<span class="spip_note_ref"> [<a href=3]' />

Les lecteurs mp3 peuvent poser problème. En effet, peu soucieux de leur capacité auditive, les jeunes gens aiment la musique forte [...]. Les volumes sonores atteindraient ainsi souvent 110 à 120 décibels, des niveaux correspondant aux maximums lors de concerts de rock ou dans des boîtes de nuit. Ce qui est assez pour entraîner une perte auditive après seulement une heure et quart !
De plus, les petits écouteurs intra-auriculaires (qui se glissent dans l’oreille) seraient capables d’amplifier de 6 à 9 décibels le signal sonore. "C’est la différence entre le son émis par un aspirateur et une motocyclette ! Une différence loin d’être négligeable !" précise le Pr. Garstecki. [4]

La combinaison de fortes intensités sonores et d’une longe durée d’écoute amène le spécialiste à réagir, alors qu’il affirme avoir observé chez des jeunes gens des pertes d’audition qui normalement ne surviennent que chez des seniors.

Selon le Pr. Garstecki, deux principaux conseils sont à promouvoir auprès des utilisateurs de lecteurs mp3 :
- La règle des 60 % - 60 minutes, qui consiste à ne pas utiliser les lecteurs mp3 plus d’une heure à un volume supérieure à 60 % du maximum (juste au-dessus du volume moyen, soit 6 pour un maximum de 10) ;
- L’adoption de casque recouvrant les oreilles.

Pour aller plus loin le rapport du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN) : Baladeurs numériques et audition

 La musique et le développement de l'intelligence

Y a-t-il un lien entre la pratique de la musique et le développement de l’intelligence ?

Un test a été réalisé, par l’universitaire canadien Glenn Schellenberg [5], sur 144 jeunes élèves âgés de 6 ans (dont l’anniversaire se situe de janvier à octobre) et qui ne sont pas encore rentrés en première année d’école primaire. Durant 36 semaines ceux-ci prennent régulièrement des cours de piano et de chant au conservatoire de Toronto avec des professeurs différents.
Les 144 enfants qui ont suivi les cours de musique ont vu leur QI progresser de 7 points seulement alors que les autres (de la même scolarité et qui n’ont pas fréquenté le conservatoire) ont eu une progression de 4. Donc il y a un bénéfice de 3 points. En fait, si la différence entre les 2 groupes d’enfants est réelle, elle n’est pas vraiment énorme. Il faut savoir qu’un QI moyen se situe à 100. 130 est le début de la surdouance.

Ces résultats ne semblent pas concluant pour dire qu’il faudrait apprendre de musique à l’école maternelle de manière obligatoire.

 Écouter de la musique augmente la capacité à entendre dans un environnement bruyant

Une étude réalisée au laboratoire de neurosciences auditives de l’université de Northwestern montre les bienfait de la musique sur notre capacité auditive en milieu bruyant tels qu’une salle de classe, un avion, .

Le test a été réalisé sur 31 participants ayant une capacité auditive normale. Le groupe a été divisé en 2 ; l’un soumis à un environnement musical, l’autre non. Puis chacun devait répéter une phrase entendue dans un milieu extrêmement bruyant. Par exemple, "The square peg will settle in the round hole." Cette longue phrase est correcte d’un point de vue grammatical mais ne présente pas de possibilité d’aide mnémotechnique.
Les résultats montrent que la stimulation par l’écoute de musique augmente la capacité à entendre un discours dans un environnement qui n’est pas favorable en stimulant la mémoire auditive et un meilleur repérage des discrimination des tonalités (ce qui permet de mieux comprendre les mots prononcés).

Une autre étude a montré que la musique génère une activité cérébrale en relation avec les capacités linguistiques [6]. Ce sont ces mêmes processus qui font défaut aux enfants dyslexiques et qui ont augmentés chez les sujets qui écoutent de la musique.
On peut donc supposer que les gens qui auraient des difficultés à lire pourraient améliorer cette capacité en bénéficiant d’un programme de stimulation basé sur l’écoute de musique et de discours.

L’équipe de recherche supporte l’idée qu’un "entrainement musical" aurait un potentiel thérapeutique chez certaines personnes. En effet, entendre quelqu’un parler dans un environnement bruyant est difficile pour tout le monde mais plus particulièrement pour les personnes âgées qui ont des problèmes auditifs et une baisse de la mémoire ou pour des gens qui entendent bien mais dont le système nerveux transcrit mal les sons. Beaucoup d’adultes âgés disent : "Je peux entendre ce que tu dis mais je ne te comprend pas".
De tels sujets pourraient bénéficier d’une adaptation du système nerveux en relation avec un "entrainement musical" et recouvrer cette fonction qui leur fait défaut. En effet, le cerveau est capable de se modifier en fonction des stimulations qu’il reçoit. On parle de plasticité du cerveau.

D’après Taking Up Music So You Can Hear publié en Aout 2009, sur le site de l’université de Northwestern.

L’étude a été réalisée par Alexandra Parbery-Clark, Erika Skoe, Carrie Lam et Nina Kraus et publiés enligne dans Ear and Hearing, journal officiel de la société Américaine de l’audition. sous le titre "Musician Enhancement for Speech-in-Noise"

MP3 - 1.2 Mo

[3<a href="http://www.doctissimo.fr/html/sante/audition/articles/9214-lecteurs-mp3-audition-problemes.htm" ; class='spip_out' rel='external'>Mp3 : protégez vos oreilles !</a>

[4Directeur du département des sciences de la communication et de ses maladies de l’université de Northwestern (Louisiane)

[6du langage


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